Née du refus du bavardage politique et de la conviction que seule l’unité organisée pouvait ébranler le système colonial, l’Union des Populations du Cameroun plonge ses racines dans le syndicalisme, la formation intellectuelle et une idéologie de rupture. Dans ce témoignage dense, l’honorable Alphonse Paul Soppo retrace la genèse de l’UPC, ses choix stratégiques, ses dévoiements, la violence coloniale et les fractures internes qui ont marqué la lutte pour l’indépendance.
Honorable Alphonse Paul Soppo :
L’UPC a été créée par des personnes qui ont compris que ce n’est pas dans le bavardage qu’on peut changer les choses ; c’est en s’unissant qu’on peut changer les choses. Et ces personnes étaient d’abord des syndicalistes. C’était des syndicalistes formés par un communiste français qui a voulu mettre en place une génération de penseurs. Il était à Yaoundé. Il a ouvert son école pour former des syndicalistes.
Et ces personnes étaient des syndicalistes. Parmi elles donc, il y avait les Moumi Etia, les Bouli Léonard, Um Nyobè, etc. Au fil des années, ces personnes ont compris que le syndicat ne peut pas faire bouger les lignes, parce que le syndicat ne concerne que des groupuscules qui appartiennent à quelques firmes.
Ils se sont donc réunis, et ont dit : « Pourquoi pas plutôt un mouvement si nous voulons notre liberté, qui peut faire bouger les lignes pour mieux combattre le colon ? »
Ils ont donc formé l’Union des Populations du Cameroun (UPC), et ils ont pris pour président Bouli Léonard.
Malheureusement, comme beaucoup d’entre eux qui avaient de petits postes qu’on leur offrait dans l’administration, Bouli dépendait professionnellement de l’administration coloniale qui va alors l’affecter très loin de Douala et de Yaoundé. L’UPC s’est alors retrouvée démembrée.
C’est là où ils se réunissent de nouveau et trouvent donc un syndicaliste qui menait toute la barque par ses idées.
« Alors quand on croit que l’idéologie de l’UPC était seulement ici, chez nous là, non. Cela montre que l’idéologie de l’UPC n’était pas cantonnée au Sud. Le Nord était upéciste dès la création du parti. L’idéologie était devenue comme une gangrène pour les Blancs, car elle s’étendait à tout le Cameroun. Ils pensaient qu’en éloignant Bouli et Moumié, l’UPC serait confinée au Sud du Cameroun. Ils se trompaient. Nous sommes partis. Ce sont des années après que je me rappelle ce mot “indépendance”. Je l’avais entendu pour la première fois à Maroua. »
Ils ont donc trouvé Um Nyobè, un syndicaliste qui est devenu le secrétaire général de l’Union des Populations du Cameroun. Et c’est comme ça que Um a mené la barque jusqu’au moment où les Français ont compris que cette affaire-là n’est plus une petite affaire. Parce que l’UPC a pris de l’ampleur dans le pays, dans le pays Bassa, dans le pays Bamiléké, ici même à Douala. Même comme Moumi Etia, qui était parmi les mêmes hommes, a beaucoup plus préféré sa fonction de syndicaliste, il est aussi devenu écrivain.
Moumi Etia était de Deïdo. Um Nyobè a réussi à mobiliser tous ses frères autour de cette union qu’il voulait stratégique pour conquérir le pouvoir au Cameroun. Parce que leur devise était claire : « Travailler pour le Cameroun, faire prospérer le Cameroun, par les Camerounais et pour les Camerounais. »
Voilà donc comment l’UPC a été créée.
Comment se fait-il que le Secrétaire général ait plus d’importance que le président de l’UPC ?
Honorable Alphonse Paul Soppo :
C’est une organisation de lutte. Dans une organisation de combat, le secrétaire général mène la barque parce qu’il est l’homme des idées. Le président représente le parti de manière plus honorifique. Celui qui dirige réellement, c’est le secrétaire général. Et notre grand-père Um Nyobè a dirigé cette barque.
Après le départ de Bouli, Moumié a été désigné président. Il était médecin. Pour la petite histoire, c’est lui qui m’a circoncis à Maroua en 1957. Mon père y travaillait comme chef du garage administratif. Moumié avait été affecté à l’hôpital, aujourd’hui l’hôpital régional de Maroua.
Lui aussi a donc été éloigné, et les vice-présidents n’ont pas pu faire l’affaire. Um Nyobè a ainsi eu tout le temps de penser pour l’UPC et de la représenter dans des instances comme l’ONU pour revendiquer l’indépendance du Cameroun. C’est ce qui a fait que le parti est devenu, dans l’imaginaire, presque le parti des Bassa. Vous comprendrez pourquoi en poursuivant.
L’UPC était implantée dans tout le Cameroun ou seulement au sud ?


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