La distinction entre chefs de quartier relevant de l’administration locale et chefs traditionnels, détenant une légitimité coutumière est essentielle pour garantir une gouvernance équilibrée et respectueuse des structures administratives et coutumières.
Lorsqu’on parcourt l’histoire politique du Cameroun entre 1940 et 1960, la vérité qui éclate avec la force de l’évidence est qu’un seul parti a véritablement porté l’idéal d’indépendance avec lucidité, sincérité et détermination : l’Union des Populations du Cameroun (UPC). Et cette réalité historique explique pourquoi, aujourd’hui encore, tous les héros reconnus de l’indépendance camerounaise se recrutent exclusivement dans les rangs de l’UPC, et dans nul autre parti.
Lorsque l’autorité coloniale française autorise les activités politiques au Cameroun en 1946, dans un paysage dominé par la compromission, plusieurs formations vont naître successivement. Suivons leur apparition chronologique pour comprendre ce que chacune défendait vraiment.
Entre 1946 et 1947 naissent les prémices de partis politiques avec le RACAM (Rassemblement Camerounais). Créé entre 1946 et 1948 par des syndicalistes et intellectuels, il constitue l’ancêtre des mouvements politiques camerounais. Il porte déjà une revendication nationaliste, mais reste modéré. La Solidarité Camerounaise, née le 10 septembre 1947, se présente comme une association culturelle pour la promotion des intérêts camerounais.
Puis vint le 10 avril 1948. Ce jour-là, Bouli Léonard, Moumi Etia et leurs camarades fondent l’Union des Populations du Cameroun (UPC). Pour la première fois, un parti camerounais exige l’indépendance immédiate et inconditionnelle, la réunification des deux Cameroun, et la fin de la tutelle française. Un programme radical, sans compromis.
Peu avant, on aura vu naître l’Union Bamileke (8 février 1948), l’Asso Beti (24 février 1948), puis dans les mois qui suivent, une série de partis ethniques ou régionalistes voient le jour, dont le Kumzse (10 mai 1948) : des formations qui défendent des intérêts communautaires, pas un projet national.
En 1949, face à la montée en puissance de l’UPC, l’administration coloniale inquiète organise sa réaction. Le 10 juin 1949 naît l’ESOCAM (Évolution Sociale du Cameroun), créée par Pierre Dimalla – un transfuge de l’UPC – avec le soutien direct de l’administration. Son objectif avoué est de « contrecarrer l’action de l’UPC » et soustraire les élites à son influence. Un « parti administratif », selon l’expression consacrée. L’ESOCAM prône une « évolution progressive dans l’Union française » – autrement dit, rester sous tutelle coloniale.
La Renaicam (Renaissance Camerounaise) apparaît le 2 décembre 1949 avec la même ligne réformiste pro-française.
Multiplication des associations régionales
Entre 1950 et 1952, ce sont surtout des associations ethniques ou régionales qui surgissent : Union Bamoun (13 janvier 1950), Front Intercolonial (24 juillet 1952), JEUSAMAR (septembre 1952), Asso Bake (25 novembre 1952). Aucune ne porte un projet d’indépendance nationale.
Le Bloc Démocratique Camerounais (BDC), créé le 1er août 1951 par le Dr Louis-Paul Aujoulat – un Français naturalisé, médecin et Secrétaire d’État à la France d’Outre-mer – prône « l’évolution politique dans l’Union française ». Son nom même est devenu synonyme de collaboration. Être traité d’« aujoulatiste » au Cameroun demeure aujourd’hui une insulte politique majeure.
L’INDECAM (Coordination des Indépendants Camerounais), créée le 8 novembre 1952, porte un nom trompeur. « Indépendants », certes, mais pour défendre une « autonomie progressive » dans le cadre français. Un autre « parti administratif » destiné à affaiblir l’UPC.
L’effervescence sans projet national
La période 1953-1955 voit naître une multitude de formations : RPC (12 février 1953), Assa Bénoué (21 avril 1953), ERN-KAM (27 avril 1953), RMC/Ramocam (8 septembre 1953), UPB (5 décembre 1953), UNICAM (22 avril 1954), Manjong Bamileke (1er août 1954), PRONORI (25 avril 1955). Toutes régionalistes, ethniques ou corporatistes. Aucune ne porte l’idéal d’indépendance immédiate.
1955 : La répression de l’UPC
Le 13 juillet 1955, l’UPC est interdite. Elle compte alors 80 000 membres et 460 comités. La répression coloniale s’abat. L’UPC prend le maquis.
1958 et les partis de l’indépendance négociée
Le Parti des Démocrates Camerounais (PDC) d’André-Marie Mbida, créé le 12 janvier 1958, permet à ce dernier de devenir le premier Premier ministre du Cameroun autonome en 1957. Il défend une « indépendance négociée », mais s’oppose farouchement à l’UPC et participe à sa répression. Mbida dénoncera plus tard l’indépendance de 1960 comme un « simulacre » – mais après avoir contribué à écraser ceux qui la réclamaient vraiment.
L’Union Camerounaise (UC) d’Ahmadou Ahidjo, créée le 18 février 1958, conduit le pays à l’indépendance factice du 1er janvier 1960. Mais cette indépendance est négociée avec Paris, sous le parapluie d’accords de coopération qui maintiennent le Cameroun dans une dépendance économique et militaire. Une indépendance « octroyée », pas « conquise ».
L’UPC : l’exigence de la liberté totale
Face à ce concert de modération et de compromis, l’UPC se dressait avec trois revendications aussi simples que radicales :
- L’indépendance immédiate et inconditionnelle – pas dans dix ans, pas négociée, pas sous tutelle : maintenant et totalement.
- La réunification des deux Cameroun – français et britannique – pour reconstituer l’unité territoriale brisée par la colonisation.
- La fin de la tutelle française – pas d’accords de coopération qui perpétuent la domination sous d’autres formes.
Avec comme objectif ultime : l’élévation des standards de vie des populations.
Ce programme, l’UPC l’a porté avec une base sociale multiethnique (populations urbaines, travailleurs, paysans) – rassemblant 80 000 membres en 1955, répartis dans 460 comités à travers le territoire. Un enracinement populaire sans équivalent dans l’histoire politique camerounaise de l’époque.
Ce programme, l’UPC l’a défendu au prix du sang. Interdite le 13 juillet 1955, elle s’est organisée et a mené une guerre d’indépendance qui durera jusqu’en 1971. Ruben Um Nyobé, assassiné le 13 septembre 1958. Félix-Roland Moumié, empoisonné à Genève en 1960 par les services secrets français. Ernest Ouandié, capturé et assassiné en 1971. Des dizaines de milliers de morts dans les rangs upécistes et parmi les populations civiles.
Aujourd’hui, quand on parle des héros de l’indépendance camerounaise, tous viennent de l’UPC. Aucun du BDC, aucun de l’ESOCAM, aucun de l’INDECAM, aucun du PDC. Et autres trous de c… de partis. Parce que l’histoire retient ceux qui ont tout risqué pour la liberté, pas ceux qui ont tout négocié pour préserver leurs positions. Elle honore ceux qui sont morts pour leurs convictions, pas ceux qui ont prospéré en les trahissant.
Le BDC d’Aujoulat n’a produit aucun martyr de l’indépendance. L’ESOCAM de Dimalla n’a donné aucun héros à la nation. L’UC d’Ahidjo a conduit le pays à l’indépendance factice.
Seule l’UPC a payé le prix du sang pour une indépendance véritable. Seule l’UPC a refusé les accommodements et les demi-mesures. Seule l’UPC a pensé « Cameroun » avant de penser « carrière politique ». Seule l’UPC a pensé « indépendance » avant de penser « compromis avec Paris ».
La leçon de l’histoire
Cette réalité historique devrait interroger. Elle révèle que dans les moments décisifs de l’histoire d’un peuple, la majorité choisit souvent la prudence, le calcul, l’accommodement avec le pouvoir établi. Seule une minorité – parfois très minoritaire – ose l’intransigeance, la radicalité, le refus du compromis. L’UPC était cette minorité. Isolée, réprimée, traitée de « communiste » et « terroriste » par la propagande coloniale et ses suppôts locaux, elle a tenu bon.
Pendant que d’autres négociaient des postes dans l’administration coloniale, les upécistes mourraient dans le maquis. Pendant que d’autres parlaient d’« évolution progressive » illusoire dans bien des cas, les upécistes réclamaient la liberté immédiate.
Le Cameroun doit une dette imprescriptible à l’UPC.


Ajouter un commentaire