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Aux origines du combat nationaliste : L’UPC ou le pari obstiné de la paix

Tout commence le 10 avril 1948, dans un café-bar de Douala-Bassa dénommé «Chez Sierra», où douze syndicalistes camerounais fondent l’Union des Populations du Cameroun. Ce ne sont pas des révolutionnaires armés, mais des hommes de parole, de droit et d’organisation sociale. L’UPC naît donc dans la légalité et s’y maintient aussi longtemps que possible – sept années exactement. Son programme, forgé par Ruben Um Nyobé au IIe Congrès d’Eseka en 1952, tient en une phrase limpide : «L’indépendance signifie le gouvernement du Kamerun par les Kamerunais, au profit des Kamerunais. » Ce qui en réalité est une vision de démocratie et de souveraineté qui va être exprimée et plaidée dans les tribunes internationales.

Ainsi, dès 1951, le parti tente la voie parlementaire. Mais les scrutins, contrôlés par l’administration française, rendent l’effort vain. L’UPC se tourne alors vers l’ONU, tutrice du Cameroun, et y présente, avec rigueur et dignité, ses revendications qui portent sur la révision des accords de tutelle, la période préparatoire à l’indépendance sous égide onusienne, la réunification des territoires sous mandat français et britannique. Rien qui justifie une dissolution. Pourtant, en 1954, le Haut-Commissaire Roland Pré arrive avec la mission claire de liquider l’UPC. Les poursuites judiciaires vont se multiplier, les magistrats jugés trop indulgents sont renvoyés, et malgré un ancrage populaire massif – 460 comités et 80 000 adhérents en 1955 – le parti est dissout par décret le 13 juillet 1955. La résistance devient alors une nécessité de survie.

Une indépendance volée, un pouvoir illégitime

Le 1er janvier 1960, le Cameroun accède officiellement à l’indépendance. Mais ceux qui ont porté cette lutte en sont exclus. Paris installe au pouvoir des hommes formés par l’administration coloniale, récompensés pour leur loyauté. La presse britannique, pourtant réputée pour son flegme, dénonce la mascarade avec une clarté implacable. Dans son édition de janvier 1960, The Observer écrit : « La promesse de l’indépendance n’a pas réussi à unir le peuple derrière le nouveau gouvernement. Le gouvernement auquel les Français transfèrent le pouvoir comprend les éléments conservateurs dont la plupart s’opposèrent à l’indépendance, et vigoureusement, par le passé… Les forces qui ont lutté pour l’indépendance sont soit en exil, dans la clandestinité ou dans l’opposition. Elles sentent qu’elles sont frustrées des fruits de leur lutte qui vont à des politiciens choisis par des Français. Ce sentiment est renforcé par le refus du gouvernement Ahidjo d’organiser les élections avant l’indépendance.»

Il y a lieu de préciser que The Observer n’était pas isolé dans ces réserves. D’autres journaux britanniques, comme le Manchester Guardian ou The Times, ont également souligné que l’indépendance camerounaise s’était faite dans la division et au détriment des véritables forces militantes. Au moins. Ces voix concordantes montrent que la critique du processus ne venait pas seulement des militants camerounais, mais aussi de l’étranger, confirmant le caractère contesté et illégitime du nouveau pouvoir.

Et pourtant, malgré la guerre et la répression, l’UPC va continuer de tendre la main, proposant une coopération fraternelle pour rendre la paix au pays, allant jusqu’à accepter de participer à des élections organisées par un régime qu’il qualifie de « gouvernement de baïonnettes ». Mais la réponse du régime Ahidjo est le silence, motivé par la peur d’élections honnêtes où l’UPC, trop populaire, aurait triomphé. La répression devient alors l’unique arme : hélicoptères, baïonnettes, et même le poison.

En juin 1960, depuis Addis-Abeba, l’UPC tente une nouvelle ouverture politique. Mais là encore, aucune réponse. Paris et Yaoundé avaient déjà choisi une solution « radicale ». La véritable force résidait dans le soutien massif de la population. Ce n’était pas une machine de guerre, mais un peuple qui se défendait, conduit par des hommes qui avaient tout essayé avant de résister.

Ainsi, l’histoire de l’UPC n’est pas celle d’un parti belliqueux, mais celle d’une aspiration démocratique brisée par un mur colonial.

Le communiqué colonial d’appel à la reddition

La mort de Ruben Um Nyobè marque un tournant définitif et le même sort attend désormais ceux qui s’obstinent à rester dans la forêt. Il est temps de comprendre que la poursuite de cette lutte ne fera que des perdants.

Déjà, environ six cents maquisards ont choisi de sortir de l’ombre de leur propre chef. Ils ont ainsi eu la vie sauve et profitent aujourd’hui d’une existence paisible. Pour ceux qui se cachent encore, il est essentiel de saisir que la perspective d’une vie belle et durable passe par la décision de quitter volontairement la forêt.

Présentée par la France colonialiste et l’administration nationale post-coloniale comme un parti violent, sanguinaire, irréductible, comme une force subversive, l’Union des Populations du Cameroun apparaît pourtant, à la lumière des faits historiques, comme un mouvement qui n’a cessé de rechercher une issue politique et pacifique à la crise camerounaise. Même lorsque la guerre lui fut imposée, Um Nyobé et ses camarades continuèrent à tendre la main, révélant ainsi le visage d’un parti prêt à toutes les concessions pour préserver la paix nationale. Révélations.

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