En sortant de l’ombre, les héritiers des dirigeants de l’UPC bousculent le jeu politique avec une sincérité désarmante. Loin de quémander des privilèges ou des honneurs, ils placent les dirigeants actuels de l’UPC face à une vérité nue : que vaut encore aujourd’hui le sang versé par leurs parents pour la liberté du Cameroun ?
Autour de la même table se sont retrouvés des noms qui portent une mémoire lourde de sang et de sacrifices. Françoise Ngo Um Nyobé, fille de Ruben Um Nyobé. Monique Catherine Bisseck, fille de Bisseck Bi Bayi Théophile. Dr Moumié Osende et Um Nyobé Osende, fils de Osendé Afana. Ces femmes et ces hommes n’ont pas hérité d’un capital politique. Ils ont hérité d’un nom chargé d’exigence, d’une mémoire qui oblige et qui juge.
Leur constat est sévère, mais il est difficilement contestable. Depuis plusieurs échéances électorales, l’UPC se présente divisée, fragmentée, incapable de produire des listes uniques. Cette incapacité a conduit à des rejets répétés de candidatures, à une absence quasi totale de représentation institutionnelle et, surtout, à une marginalisation progressive d’un parti qui fut pourtant l’âme du nationalisme camerounais. Pour les héritiers des martyrs, cette situation n’est pas un simple dysfonctionnement organisationnel. Elle constitue une trahison silencieuse de l’héritage reçu.
Leur démarche ne repose ni sur la nostalgie ni sur l’incantation. Elle est méthodique. Elle vise à rassembler les différents courants, à imposer le dialogue local, à aboutir à une liste unique par circonscription et à mettre fin à la logique suicidaire des investitures concurrentes. Leur neutralité revendiquée n’est pas une posture de confort. Elle est la condition de leur légitimité. Ils ne parlent pas au nom d’un clan. Ils parlent au nom de ceux qui sont tombés sans jamais connaître les privilèges du pouvoir.
Ce qui donne à cette initiative sa force singulière, c’est son ressort moral. Lorsque Françoise Ngo Um Nyobé parle de « honte pour la mémoire de nos parents », elle ne fait pas de la rhétorique. Elle rappelle que Ruben Um Nyobé est mort traqué, abattu, privé de sépulture, pour la dignité nationale. Lorsque les fils d’Osendé Afana évoquent l’unité, ils se souviennent qu’un homme formé au plus haut niveau universitaire a choisi la forêt et la mort plutôt que la compromission. Cette mémoire n’autorise ni la médiocrité ni l’égoïsme.
L’impact potentiel de cet appel dépasse largement le cadre de l’UPC. Il pose une question centrale à la politique camerounaise contemporaine : peut-on continuer à invoquer les figures héroïques du passé tout en vidant leurs combats de toute substance ? Peut-on se réclamer d’un parti né dans le sang et accepter qu’il se dissolve dans des querelles de leadership sans horizon collectif ?
À l’approche des élections législatives et municipales prévues en 2026, les héritiers des héros n’offrent aucune garantie de succès électoral. Ils offrent mieux que cela. Ils offrent une chance de réconciliation entre l’UPC et sa propre histoire. Ils rappellent que l’objectif d’un parti politique n’est pas seulement d’exister, mais de porter un projet et de conquérir le pouvoir pour transformer la société.
En définitive, leur appel agit comme un miroir tendu aux responsables actuels de l’UPC. Ils leur posent une question simple et redoutable : veulent-ils continuer à gérer un sigle vidé de sa substance ou assumer enfin la responsabilité d’un combat inachevé ? Les martyrs ont payé de leur vie. Les héritiers ont pris le risque de la parole. Le reste ne relève plus de l’histoire, mais du courage politique. À ceux qui prétendent encore parler au nom de l’UPC, il est désormais demandé une chose élémentaire : taire les égos, renoncer aux intérêts inavouables et accepter, pour une fois, de regarder dans la même direction.


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